
Chausson · Pièce unique
Restauration Chausson CHS
Conçue en secret sous l’Occupation, présentée au Salon de Paris 1946, partie en Angleterre puis oubliée pendant plus de soixante ans : la Chausson CHS est le seul prototype survivant d’une petite voiture populaire française qui n’a jamais été produite. Revenue dans la famille Chausson, elle a été entièrement restaurée à l’atelier.
Histoire du modèle
Sous l’Occupation, le bureau d’études de Chausson ne devait travailler que sur des utilitaires. Il préparait en secret la petite voiture de l’après-guerre.
1946
Présentée sur le stand Chausson au Salon de Paris
1947
Le premier prototype part en Angleterre chez Delaney-Gallay
2012
Vendue à Silverstone, elle revient dans la famille Chausson
Chausson CHS : la voiture populaire née en secret
Fondée en 1907, la maison Chausson fabrique des radiateurs : au milieu du siècle, sa production équipe la grande majorité des voitures françaises. Elle emboutit aussi des carrosseries pour les grandes marques et, en 1936, prend le contrôle de Chenard & Walcker. Pendant l’Occupation, son bureau d’études n’est censé travailler qu’à l’adaptation d’utilitaires à la pénurie de carburant. En réalité, la famille Chausson y prépare l’après-guerre : elle prévoit que la France libérée aura besoin de voitures économiques.
L’étude est confiée à Jacques Poitrine, ingénieur de la maison, futur directeur technique des usines Chausson. Le cahier des charges est simple : une voiture minuscule et bon marché, accessible à tous.
La CHS est une voiture entièrement nouvelle. Sa caisse autoporteuse en acier forme un petit cabriolet deux places, sans portes, à traction avant. Le moteur est un monocylindre deux-temps de 330 cm³, associé à une boîte à trois rapports et refroidi, maison Chausson oblige, par un radiateur et un circuit d’eau. Les roues sont indépendantes.
Trois prototypes sont construits, tous différents. Sur le premier, le démarrage à la main du monocylindre demande, selon Jacques Poitrine, « des bras de déménageur ». Le deuxième reçoit un gros démarreur électrique. Le troisième, le moteur de 550 cm³ alors étudié pour le fourgon Chenard & Walcker. Présentée sur le stand Chausson au Salon de Paris 1946, la CHS y est bien accueillie. Mais la pénurie d’acier et le plan Pons, qui répartit les productions entre constructeurs, en décident autrement : Chausson se consacre aux autocars, et la CHS n’est jamais produite.
Après le Salon, le premier prototype est acheté par le fabricant anglais de radiateurs Delaney-Gallay, qui envisage de le produire sous licence en Grande-Bretagne. Tom Delaney l’immatricule 7327 WO et démarche les constructeurs anglais : Wolseley, Humber, Aston Martin, Triumph, Austin. Aucun ne s’engage, et le projet s’arrête faute de moyens.
La voiture dort ensuite pendant des décennies chez les Delaney. Les enfants de la famille décapent sa peinture bordeaux, qu’ils n’aiment pas. Au début des années 2000, Tom Delaney la confie à un ami, Roger Dowson. En juillet 2012, elle est vendue aux enchères à Silverstone, avec six boîtes d’archives : plans, fabrication, correspondance. L’acheteur est Christophe Chausson, petit-fils d’un des fondateurs. Soixante-cinq ans après son départ, la CHS rentre en France.
Archives
La CHS dans les carnets de la famille Chausson
Ces photographies proviennent des carnets d’archives de la famille Chausson. Elles montrent la naissance du prototype dans les ateliers, sa mécanique, puis son séjour anglais chez Delaney-Gallay.









Le projet O-ONE
Restaurer un prototype dont il n’existe aucun autre exemplaire
La CHS est arrivée à l’atelier décapée, avec une mécanique figée depuis des décennies et des pièces manquantes. Aucune voiture de série ne pouvait servir de référence : c’est un prototype unique, et chaque pièce refaite devait l’être d’après la voiture elle-même, les plans et les photographies d’époque.
La restauration a été complète : démontage, décapage, tôlerie, préparation de la carrosserie et peinture dans la teinte aubergine d’origine, sellerie et électricité. Le moteur, un monocylindre deux-temps prototype qui n’existe nulle part ailleurs, a été entièrement refait, de même que la boîte de vitesses. Les pièces manquantes ont été reconstruites.
« Un prototype unique : chaque pièce refaite l’a été d’après la voiture elle-même et les archives. »
Le chantier
La restauration en six actes
Du décapage à la dernière couture de sellerie, six étapes pour rendre à la CHS l’allure qu’elle avait au Salon de 1946.

Acte 01
Démontage et décapage
La voiture est entièrement démontée et la caisse remise à nu, pièce par pièce repérée.

Acte 02
Tôlerie et pièces manquantes
Reprise de la tôlerie et reconstruction des pièces manquantes, d’après la voiture et les documents d’époque.

Acte 03
Peinture aubergine
Préparation de la carrosserie et mise en peinture dans la teinte aubergine d’origine.

Acte 04
Le moteur prototype
Réfection complète du monocylindre deux-temps, un moteur prototype unique.


Acte 06
Sellerie et électricité
Sellerie refaite et installation électrique reprise, jusqu’à la remise en route.
Carnet technique
Chausson CHS, premier prototype
Caractéristiques du prototype telles que décrites par son concepteur, Jacques Poitrine.
- Année
- 1946
- Châssis
- Caisse autoporteuse en acier
- Carrosserie
- Cabriolet deux places sans portes
- Moteur
- Monocylindre deux-temps de 330 cm³, refroidi par eau
- Boîte de vitesses
- 3 rapports
- Suspension
- Roues indépendantes
- Transmission
- Traction avant
- Immatriculation anglaise
- 7327 WO
- Conception
- Bureau d’études Chausson, Jacques Poitrine
Après l’atelier
Retour au Salon, plus de soixante-dix ans après
Restaurée, la CHS a été exposée au salon Rétromobile en 2017, à Paris, plus de soixante-dix ans après sa présentation au Salon de l’automobile. Christophe Chausson a consacré un livre à la voiture et à l’histoire de la maison Chausson : Prototype Chausson CHS, écrit avec Fabrice Bloch.
Pour l’histoire du prototype, voir aussi l’article de Dominique Pagneux consacré à Jacques Poitrine, « Jacques Poitrine, de Coquille à Chausson ».

Le résultat
Un témoin unique de l’après-guerre
Environ 1 200 heures de travail à l’atelier : démontage, décapage, tôlerie, peinture, sellerie, électricité, moteur, boîte et reconstruction des pièces manquantes, menés comme un seul projet.
L’enjeu : rendre au seul prototype survivant son état du Salon de 1946, sans rien inventer, en s’appuyant sur la voiture elle-même et sur les archives de la famille Chausson.
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